Charles Surugue (1839-1921)

Charles Surugue - Doyen des poilus
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Un engagé de 76 ans cité à l'ordre de l'armée
Auxerre, 28 octobre - M. Surugue, ancien maire d'Auxerre, conseiller général de l'Yonne, a été l'objet de la citation suivante, qui comporte la croix de guerre avec palme, à l'ordre de l'armée :
Le caporal Charles Surugue est un ancien combattant de 1870, chevalier de la Légion d'honneur. Engagé volontaire pour la durée de la guerre, à l'âge de 76 ans. Il a demandé à venir au front comme sapeur mineur.
Il a participé sans aucune défaillance physique à tous les travaux exécutés de journée et de nuit sous le feu de l'énemi.
Animé de la plus grande conscience et de la plus pure conception de ses devoirs envers la patrie, il a été pour ses camarades plus jeunes, un modèle de discipline, d'entrain et d'énergie.
L'Humanité - Samedi 30 octobre 1915
Monument Charles Surugue
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Pour le plus vieux poilu de France

Nos camarades du département de l'Yonne ont, à très juste titre, considéré comme un devoir sacré de perpétuer la mémoire du magnifique soldat que fut Charles Surugue, doyen des combattants des nations alliées. A cet effet, ils ont ouvert une souscription publique nationale et interalliée sous le haut patronage du Président de la République, de MM. Painlevé, Herriot, le général Nollet, le général Dubail, Bienvenu-Martin, sénateur de l’Yonne, le colonel W. Miller, ancien président de la F.I.D.A.C.
Le Comité comprend tous les parlementaires de l'Yonne, les présidents du Conseil général et du Conseil d'arrondissement, les membres du Conseil municipal, les rédacteurs de tous les journaux de l'Yonne et les représentants de trente associations du département, associations de combattants, de mutilés, de vétérans, d'ascendants, de prisonniers, associations régimentaires, associations de secours mutuels, Ligue des Droits de l'Homme, associations sportives diverses, patronage laïque Paul Bert, loge "Le Réveil", etc., etc.
Charles Surugue, enfant de l'Yonne, était né en 1839. En 1870, il fit la campagne avec rang de capitaine du génie dans l'armée de Faidherbe.
Le 26 mars 1915, âgé de 76 ans, il s'engage comme simple soldat au 8e génie : en juin 1915, il est envoyé au front ; il est caporal en octobre 1915, sergent en décembre. On le trouve en Artois, sur la Somme, à Verdun, toujours à des postes périlleux. A partir de juillet 1916, il est constamment à la division de première ligne du 3eme corps pour travaux à exécuter de jour et de nuit, reconstruction de routes et de ponts, rétablissement de voies ferrées. I1 est nommé lieutenant le 12 août 1918.
Ce doyen de toutes les armées alliées, qui fut très probablement le doyen de tous les combattants de la grande guerre, a fait toute la guerre sans jamais solliciter un jour de permission. Il a à son actif trois citations, la première comme caporal en Artois, le 14 octobre 1915 ; la deuxième comme sergent a Royaumeix, au nord de Toul, le 3 mai 1916, avec croix de Chevalier de la Légion d'honneur ; la troisième comme sous-lieutenant, le 13 septembre 1917, après la bataille de Verdun. Les trois citations font connaître que Charles Surugue a toujours décline les offres d'emplois en rapport avec son grand âge et qu'il a constamment sollicité l'honneur d'être le plus exposé, donnant sans cesse à tous ceux du milieu desquels il vivait le plus bel exemple des vertus militaires.
De retour dans son pays, Surugue fut réélu maire d'Auxerre en 1919 et mourut le 24 avril 1921.
Tous ceux qui l'ont connu attestent que son exemple est de ceux qui ne peuvent être oubliés et qu'il dépasse les frontières de la France.
Nous sommes certains que ce n’est pas en vain que nous ferons appel à la générosité de tous nos camarades, afin que la ville d'Auxerre et le département de l'Yonne puissent élever au doyen des poilus de France un monument qui perpétue dignement le souvenir de ses hauts faits.
Alors que tant d'égoïsmes se déchaînent, que tant de petits hommes qui conservaient pendant la tourmente un silence prudent, se vantent aujourd'hui dans tous les milieux de jouer aux grands hommes et s’efforcent par tous les moyens de détruire le souvenir des temps héroïques afin d'accommoder les temps présents à la pauvreté de leur âme, nos camarades de l'Yonne ont mille fois raison de faire appel l'amitié de. tous les anciens soldats de France pour que le souvenir de Charles Surugue domine de haut les misères d'aujourd'hui et de toujours.
Nos associations et leurs journaux se font un devoir d'adresser en ce moment à un ancien poilu, mutilé de guerre, notre camarade Parent, président de la Fédération des Combattants du Maroc, l'hommage de leur très fraternelle admiration. De ceux qui sont morts à ceux qui survivent, le lien ne doit pas être rompu.
Au moment où l'un des nôtres révèle si fièrement ce que peut être un homme de la guerre, le geste de nos camarades de l'Yonne ne peut qu'être mieux compris et mieux servi.
Nos associations peuvent saisir telle occasion qui leur semble bonne pour recueillir des souscriptions qu’elles enverront à l’un de nos camarades d’Auxerre, trésorier du Comité Charles Surugue : Marcel Poncet, 7, av. de Saint-Georges, Auxerre.

Journal des mutilés,réformés et blessés de guerre – 17 juillet 1926

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